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Marc Bloch au Panthéon, « L'Étrange Défaite » nous guette toujours

« Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Marc Bloch croyait dur comme fer à notre communauté de destin — cette France qui n'appartient ni à un camp ni à une époque, mais à tous ceux qui ont choisi de la porter.

Le 23 juin 2026, 82 ans après son meurtre par les nazis, la République lui rend – enfin – les honneurs qu'elle lui doit.

Aujourd’hui, nous commémorons l'historien, le cofondateur des Annales, le médiéviste convaincu que comprendre le passé est une exigence morale pour éclairer le présent. Mais aussi le combattant de deux guerres mondiales, qui vingt ans après l’enfer des tranchées, tint à se réengager dans l'armée française. Et le résistant, entré dans la clandestinité à Lyon, arrêté par la Gestapo et fusillé le 16 juin 1944.

Après avoir subi L'Étrange Défaite, il fit don de sa vie pour défendre la République. Et ce livre, écrit à chaud dans l'été 1940, nous parle encore : les figures qu'il y décrit lui ont hélas survécu.

Il y a d'abord les faux patriotes : ceux qui prétendaient défendre la France et l'ont vendue. Ceux qui brandissaient le drapeau le plus haut furent aussi les premiers à baisser le pavillon. Ils ont préféré Munich à la souveraineté et Vichy à la République.

Il y a ensuite les fossoyeurs : ceux qui ne croient pas en la France, qui ne veulent pas qu'elle gagne, ou qui, sous couvert de pacifisme, sont prêts à toutes les concessions. Le pays n'est pas seulement trahi par ses ennemis déclarés, mais par ceux qui renoncent à le défendre.

Et derrière les uns et les autres, Bloch identifie un mal commun : la capitulation des élites. Elles s'étaient coupées du reste de la nation. Elles ne lui parlaient plus, ne se comprenaient plus, ne se faisaient plus confiance. Comme aujourd’hui, nul n’a osé remettre en cause les rapports de domination, les idées reçues, l’appauvrissement général des têtes et du pays. C'est la défaite d'une société qui n'a plus voulu se défendre elle-même.

À l'heure où l'Europe doit reconquérir sa souveraineté industrielle, technologique, stratégique, la tentation de la capitulation tranquille est toujours là. Elle s'habille de pragmatisme et de fatalisme. Mais Bloch nous a appris à lui opposer cette communauté de destin à laquelle il a tout donné.

Au moment de porter le grand homme au Panthéon, relire L'Étrange Défaite est le plus bel hommage que nous pouvons lui rendre.