Raphaël Glucksmann est la cible, ces derniers jours, d'une opération de désinformation russe : de faux articles, reprenant les codes du média Blast, l'accusent avec sa compagne de corruption pour peser sur la présidentielle de 2027. Le SGDSN l'a confirmé : cette attaque porte la signature du groupe Storm-1516, piloté par le GRU – le renseignement militaire russe.
Quelques semaines plus tôt, c'était Édouard Philippe qui essuyait de fausses rumeurs sur sa santé. VIGINUM a par ailleurs déjà reconnu des ingérences pendant les municipales de mars, avec plusieurs candidats pris pour cible.
Toute l'Europe est concernée. En Roumanie, la présidentielle de 2024 a vu un candidat prorusse arriver en tête du premier tour, porté par une campagne massive sur TikTok. Après que les services de renseignement ont mis au jour une opération d'ingérence russe et un financement occulte de la campagne, la Cour constitutionnelle a fini par annuler le scrutin dans son ensemble, deux jours avant le second tour.
Face à la guerre hybride, l'Europe s'est dotée, ces dernières années, d'un arsenal législatif pour protéger ses processus électoraux. En matière d'ingérences en ligne, c'est le Règlement sur les services numériques (DSA) qui en constitue le fer de lance. Il impose aux très grandes plateformes, Meta, X, TikTok ou Google, d'évaluer les risques que leurs services font peser sur le débat civique et les scrutins, et de modérer activement leurs contenus : détecter et limiter la propagation des comptes inauthentiques, des réseaux de faux sites et des contenus manipulés, pour ne pas devenir un vecteur d'ingérences étrangères.
Sur cette base, la Commission peut imposer des lignes directrices. Mais celles adoptées en 2024 ne suffisent plus face à l'IA générative et aux nouveaux modes opératoires russes. C'est pourquoi j'ai saisi la Commission européenne le 14 juillet, avec 33 autres députés européens, pour exiger leur mise à jour d'ici la fin de l'année.
Le fait est que les plateformes sont elles-mêmes suspectes : lors des élections municipales, j’avais alerté la Commission européenne de la valorisation des candidats et messages les plus radicaux par les algorithmes de TikTok et de X. La proximité de TikTok avec le PCC et celle des GAFAM américains avec l’administration Trump rendent nos démocraties plus vulnérables que jamais face au risque d’ingérence en ligne.
Face à des algorithmes devenus de véritables armes contre nos démocraties entre les mains de Moscou, Pékin ou Washington, nos démocraties ne se défendront pas seules. Avec le député Éric Bothorel, nous organisons le 23 septembre une conférence sur les ingérences étrangères à l'Assemblée nationale. Alors que la France et l’Europe vont bientôt légiférer, le moment est venu de rassembler les bonnes idées, comme les bonnes volontés.
François Kalfon
Député européen (S&D)
Illustration générée à l'aide de l'Intelligence artificielle